ici pour ouvrir un passage, donc

j’invoque la cuillère dont le manche que j’épouse de chacun de mes doigts et je dis

"Je la tiens comme on tiens une cigarette"

c’est à dire pas comme se tient une cigarette mais comme un fumeur est fumeur parce qu’il

tiens une cigarette.

J'entends par là qu'elle a l'évidence d'un geste et que la tordre ne suffit pas à l'en défaire

La cuillère a ceci de doux que je la connais,

et ma bouche la connaît aussi et son nom de faire mimer à mes lèvres et épouser son

convexe

je la connais si bien que je la reconnais même informe, elle se dissemble

proportionnellement à ce qu'elle se ressemble (comme toute chose qui dissemble et comme

toute chose qui ressemble)

la cuillère est des récipients ancestraux l'un des premiers.

C'est un objet de la main et c'est de la main qu'on le tiens et comme tout part de la main

Elle est née du trajet du plat à la bouche et pour que la main ne glisse le

manche et pour que je la formule le nom (qui fait à mes lèvres mimer et

épouser son convexe.)

Torsion de cuillère c'est torsion de l 'esprit. Qu'elle soit effective ou non la torsion est affaire

d'inattention donc d'attention.

Tout ce qui n'est pas étant d'autant plus par annulation.

Cuillère une fois tordue devient Pas-cuillère

et donc d'autant plus cuillère.

Pas-elle parce que pour la tordre il faut l'oublier de même qu'il faut

s'en ressouvenir pour la constater tordue.

Pour qu'elle soit pas-cuillère sans "ne" soit sans qu'elle se nie c'est qu'elle est

absolument

cuillère. Je ne peux lui apposer ce "pas" sans "ne" que parcequ'elle existe. Or je ne

peux oublier que ce qui existe déjà.

par là même, parvenir à la torsion d'une forme indicible, c'est parvenir à faire exister depuis

déjà la forme indicible. Ici j'ai cuillère, mais si j'avais chose qui n'a pas de nom, pourrais-je la

tordre?

 

Là reside tout un corps de pensée essentiel

et je ne peux dire de quelque chose qu'il est tordu que s'il existe absolument

sinon sinon il est autre et alors je ne peux pas le dire tordu. Si je tord si bien

cuillère qu'elle devient clef. Il n'y a plus de cuillère. Et je n'ancre rien de tout ça dans le

temps, ce qui est cuillère est ensuite clef, l'autre supprimant l'existance de l'un et son

souvenir.

Pas-cuillère donc, puisqu'une fois tordue elle n'a plus tout a fait sa forme mais toujours son

nom

plus tout a fait sa fonction mais d'autant plus sa fonction

Il faut oublier la cuillère pour la tordre , il en est ainsi de toute torsion.

Et pour l'oublier il me faut une distraction.

S 'il y a devant moi une cuillère et derrière elle un papillon que je me désinterresse de

la cuillère pour me laisser distraire par le papillon la cuillère s'ecarte pour laisser

passer mon attention et le papillon.

il y a là une sensualité, une mécanique voluptueuse, un jeux des

désuétudes, entre des choses portant des noms et d'autres des rôles. D'ailleurs les

mentalistes et les magiciens exercent et déploient eux-mêmes ce contrat comme un

pentacle de signes.

La cuillère est un objet le mentaliste tord aussi les clefs la clef est un objet

la distraction peut être un papillon ou la flamme qui pare les bougies qui

elles sont des objets aussi.

D'ailleurs si la cuillère se tordait continuellement sous des regards de hiboux

circonspects comme pour laisser passer des papillons, elle ressemblerait dans sa danse à

une flamme et pourrait me servir à tordre .

comme les hiboux

qui en tournant la tete circonspect circonscrivent et dessinent le contour en creux d'un trou

en forme de pas-cuillère le propre d'un trou étant de n'être pas quelque chose et le

propre de l'attention étant de déformer l'espace-sens Voilà ce que fais la cuillère et voilà

le pouvoir du hibou qui dans le champs des signes est le témoin mentaliste dont la

circonspection fait ployer cuillères clefs bougies en generant par là-même papillons et

flammes.

 

Clef et cuillère diffèrent mais c'est pareil pour les clefs à ceci près qu'une cuillère

s'oublie plus facilement qu'une clef et les clefs sont plus bavardes que les cuillères.

S’il y a des clefs il y a des portes et s'il y a des clefs tordues il y a des portes molles.

La cuillère vient de la main et la main s'oublie facilement

c'est des choses l'une la plus facile à tordre sans qu'elle ne devienne pas-main.

une clef tordue quant à elle ressemble toujours à une clef tordue. S'il y a des clefs tordues

et il y a des portes à serrures il y a des clefs molles.

La cuillère s’oublie plus facilement que la clef parce que des récipients ancestraux c’est l’un

des premiers. La clef ne vient qu’après les couvercles. Le trajet du plat à la bouche se passe

de couvercle.

C’est par des détours seulement qu’on effleure

et en effet c’est par des détours seulement.

par les bords, les contours, des bords comme ceux qui dessinent les trous

qu’on effleure.

Je parle des trous d'une part parce que le trou est un pas-quelque chose, et

d'autre part par ce que les clefs s'y glissent

et toujours un trou quelque chose s'y glisse

on peut donc prendre du plaisir à ne pas

si objet ou sujet celui que je tiens

et donc à ne pas-cuillère

Du plaisir à ne pas-cuillère c’est à dire du plaisir dans sa danse sensuelle

cambrant cabrant sous les regards des hiboux s'enroulant autour du trou comme une

langue dans une oreille comme une flamme qui dans les remous danse un peu ou

comme un poil qui ploie comme une flamme ploie sous la paume en prenant justement

juste là du plaisir à ne pas

si objet ou sujet celui que mon esprit lèche comme une langue

ou une flamme

ou un poil autour d'un trou

Et moi même n'étant pas cuillère ni hibou ni clef ni papillon ni bougie donc tout pas-ça en

meme temps et tout pas ça en même tous vous êtes aussi et tous disponible à ne

pas

 

si objet ou sujet celui que l'on tient

Maintenant ça

armé dans ma main donc brandit mais que je n'assenne ni ne fulmine se

tord parce que je ne tiens pas trop à ce que c’est et que passant de ce qu’il y

a devant à ce qu’il y a derrière s’écarte pour laisser passer mon attention.

Pas-quelque chose dans ma main. Si on ne tiens pas trop à ce que c’est en pensée mais

tenue fermement par contre ploie comme une flamme poil ploie sous des caresses comme

on joue avec une flamme qui du regard dans les remous comme si du regard des

hiboux dans les remous danse un peu si on ne tiens pas trop à ce que c’est qu’on ne sait

trop ce qui s’enroule autour de quoi, comme un poil souple qui ploie comme une flamme

sous des caresses ou une flamme qui du regard dans les remous danse un peu comme un

papillon et qu'on regarde comme les hiboux.

D'ailleurs la flamme ploie comme un poil ploie sous la caresse qui sous la paume

résiste mais ne résiste pas, s'affaisse. En prenant justement juste là du plaisir à ne pas

si objet ou sujet celui que je tiens

 

 

 

(la cuillère a la forme d'elle même, j'ai toujours cherchée une cuillère pour dire. On dit d'elle qu'elle vient du bol, et que le bol vient des deux mains jointes.)

 

regarde moi-ça

main aussi concave que yeux convexe

      ici pour ouvrir un passage

j'invoque la cuillère dont le fil et le manche que j'épouse de chacun de mes doigts

je la tiens comme on tiens une cigarette, c'est à dire pas comme se tient une cigarette, mais comme un fumeur est fumeur parce qu'il tiens une cigarette.

il faut oublier la cuillère pour la tordre, pareil pour la clef

ensuite c'est une cuillère tordue, pareil pour la clef

la cuillère, parce qu'elle se dissemble une fois difforme, ressemble alors fatalement à autre chose. C'est sans doute le fait de sa forme simple, évidente résultante de sa fonction. la cuillère est là depuis plus longtemps que la clef. la cuillère est l'étape qui a succédé à la nécessité qu'on connaît, celle de transporter du récipient à la bouche. Elle est des contenants ancestraux l'un des premiers. On la connait donc presque aussi bien que la main. On oublie facilement une main le temps de faire d'elle un oiseau ou un chien. La cuillère s'oublie donc aussi facilement et ressemble aussi vite qu'elle se dissemble. Elle est en ça une des choses les plus facile à tordre.

une clef tordue cependant

ressemble toujours à une clef tordue. à la rigueur elle s'animalise, elle s'être. On peut dire d'une clef tordu qu'elle gît, qu'elle rampe, qu'elle se glisse, qu'elle s'enroule, qu'elle épouse. D'une cuillère tordue aussi, mais alors même qu'elle gît, qu'elle rampe, qu'elle se glisse, qu'elle s'enroule, qu'elle épouse, elle ressemble aussi. Une clef tordue aussi, mais alors même qu'elle ressemble, c'est diffus, parce que c'est une clef tordue.

si la maison est aussi des contenants ancestraux un des premiers, la porte, comme le couvercle, arrivent bien plus tard. on a jamais mis de couvercle sur les cuillères puisque le trajet du plat à la bouche ne le nécessite pas. Et aussi sans doute le couvercle comme la porte n'est pas historie de transport, mais de garder. Il faut que j'ai pour donner.

 

il faut arriver a produire l'objet de sorte qu'il semble exister depuis toujours

or il faut pour inventer suivre la logique de l'emergence resultante d'une evolution.

même le surgissement extraterrestre suggere une genese incompressible meme si incomprehensible.

l'aiguille n'a pas surgit, l'aiguille a surgit mais du bris d'os et de l'echarde, du ligament et de la peau

les conditions d'apparition du geste sont invisible mais participe de l'evidence de la forme

il faut l'evidence de la forme a la forme pour etre remise en question

la cuillere de reve cest présenter une cuillere pour oublier la cuillere et voir la cuillere

et aussi presenter la cuillere pour se souvenir de la cuillere et constater la cuillere

c'est precisement cette torsion de l'esprit qu’opère la télékinésie

 

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