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"en formant de beaux groupes"

 

La tierce se tient toujours comme une marge depuis la quelle on compte deux puis un. Depuis un jusqu'à la tierce en passant par deux. Deux est médian, toujours médian, et en ça, aussi seul que un et trois. Il n'y a qu'à partir de trois que l'on puisse compter d'un en un. Un est un, deux ça ne compte pas, et trois, c'est à partir de trois qu'on compte. Avant trois, c'est deux, et deux s'annulent. On ne peut parler d'un groupe qu'à partir de trois. Les membres qui s'ajoutent à trois sont des redites des trois de départ, quatre est un nouveau 1, 5 un nouveau 2, 6 un nouveau 3 et ainsi de suite. Un le tyran, deux le martyre, trois le rebut. trois le sorcier-six- , deux le sage-cinq-, trois le leader -quatre-. Le groupe s'augmente mais ne s'équilibre jamais. Le groupe est fondamentalement impair. Trois est l'archétype du groupe parce-qu’il est la racine de son déséquilibre intrinsèque. Il avance comme on marche, en laissant un membre après l'autre rattraper la chute.

 

C'est par friction qu'advient l'énergie, c'est par friction, et jusqu'à la crampe.

 

la chute peut renverser les rôles, pour peu qu'un abdique, que deux se révolte, que trois se range. L'inversion fera revenir sur les pas. Un sera bafoué, deux glorifié, trois apaisé. l'alternative est la dislocation. Le corps collectif démembré, le collectif comme corps démembré.

 

  Il y a le collectif qu'on observe comme membre, comme une main qui se regarde le corps, et le collectif auquel on participe. C'est là deux types de présences dont une "limite". J'ai souvent vu le corps depuis la main, tantôt caressante tantôt le poing fermé, les phalanges blanchie par la contrition. Il y a dans le corps une succession de duos qui font l'effet d'une symétrie. Les nombrils, et les nez s'y sentent seuls, ils dialoguent en surface, ils affleurent de l'ensemble harmonieux; parfois bosses, parfois creux. Je crois être nez ou nombril mais je regarde le corps depuis la main aux phalanges blanchies par la contrition, ou bien, la paume ouverte et les doigts las. J'ai effleuré de ce geste plusieurs dos droits et volontaires, courbes et affairés. Rares sont ceux qui y répondent par un frisson alors que j'en suis moi même parcouru. C'est que, il y a bien longtemps que j'ai du désir pour ce corps dont je suis membre et que parfois même je constitue. J'aime à imaginer que la main depuis laquelle je le regarde en rencontre une autre derrière son dos, et que nos souffles se croisent pour former des tornades.

 

Il y a, dans ce qui est unilatéral, un élan continu qui ne rencontre aucune résistance parce qu'il ne se frotte à rien. J'ai embrassée plusieurs formes qui au matin m'ont laissé lisse et lourde. Mais le changement a lieu en cette multiplicité de temps, il n’a pas lieu après les transformations mais pendant chacune d’elles. Il est plus de l’ordre de cette propriété à muter que de la mutation elle même. Le changement a lieu pendant, il est pérenne pendant. Cette capacité même de pouvoir revenir à une forme d’origine, celle dont on aura pu se défaire par moment, c’est là le changement. Le collectif est mutant: il a au creux de ses mains des yeux qui se regardent le corps, des nombrils et des nez mobiles, des symétries qui se dissemblent.

 

copyright Paola Quilici